Parti urbain, paysager et architectural
Ce projet de logements étudiants donnant sur la rue des Cévennes est une opportunité à plusieurs niveaux : accompagner et retisser une séquence urbaine en redonnant un alignement sur rue aujourd’hui en pointillé. Intégrer l’accès parking existant, traiter la problématique du mur mitoyen avec le 90 de la rue des Cévennes et redéfinir les limites du site afin de permettre une meilleure porosité entre la rue et l’espace vert protégé. Mais c’est aussi l’ambition légitime de recréer au sein de la résidence un nouveau projet paysager et cela dans un sens qualitatif. Bien sûr, la pertinence des nouveaux sujets et végétaux permettront de répondre aux préoccupations durables des espaces verts de nos villes. Mais aussi de créer de nouveaux usages et interactions. De permettre de nouvelles façons d’habiter et de favoriser une mixité de population (étudiants, personnes actives, familles…) créant, pourquoi pas un lieu intergénérationnel.
IMPLANTATION DE LA RESIDENCE ETUDIANTE
Située entre le 90 et le 74 de la rue des Cévennes le projet de résidence étudiante s’implante à la limite de propriété de la parcelle 46, en majorité sur l’emprise de la rampe de parking existante qu’elle intégrera dans sa construction. L’implantation du projet est à une distance de plus de 6 m par rapport au mur mitoyen du 90 de la rue des Cévennes, à environ 11 m du mur de l’immeuble du 74 de cette même rue et à plus de 13 m par rapport à la façade Nord du bâtiment dont l’entrée se situe rue de Lourmel. Cette implantation quelque peu insulaire permet au paysage d’envelopper le projet et de permettre une meilleure perméabilité pour l’espace vert protégé. Le rez-de-chaussée ainsi que l’entre sol sont très ouverts et vitrés afin de permettre une meilleure visibilité du cœur d’ilot et permettre aux étudiants de la résidence d’être en relation permanente avec ce paysage, de favoriser les échanges et donner cette impression de vie depuis la rue.
Les niveaux supérieurs : le programme des chambres étudiantes forme un ensemble de 4 volumes distincts. Les 4 éléments architecturaux sont tenus par des règles simples : le respect du gabarit, le respect de l’alignement sur rue, le respect des vues des pièces principales de l’existant ainsi que le respect de l’espace vert protégé. Cette fragmentation accentue une idée de richesse, de diversité d’identités, une sorte de micro-urbanité et permet par la même occasion d’orienter les volumes des chambres pour dégager des vues principales. Par ce léger déhanchement nous limitons les vis-à-vis et nous créons de ce fait des espaces dilatés favorisant de nouveaux usages et nouvelles relations avec des circulations plus généreuses.
RENTRER CHEZ SOI
Rentrer chez soi, c’est un entre-deux, un point fondamental dans la qualité et la perception positive de son logement.
On entrevoit parfois, en se promenant à Paris, lorsqu’un porche nous fait la faveur de dévoiler juste ce qu’il faut d’une richesse intérieure, une de ces ambiances calmes et sereines, précieuses et végétales, une atmosphère accueil¬lante que l’on n’imagine pas et qui peuple pourtant le cœur des ilots parisiens, comme un trésor que l’on découvre.
Cette surprise, la poésie de ces espaces verts et généreux est au cœur du projet.
Ainsi depuis la rue, on découvre cette agglomération de micro immeubles habités et en relation évidente avec le végétal. Des mises en situations particulaires avec des végétations particulières. C’est en quelque sorte une invitation, une promenade plus qu’une manière habituelle de rentrer chez soi.
En parcours le bâtiment, il nous fait prendre conscience du changement d’échelle opéré par les 4 volumes de la résidence, d’un second degré d’intériorité, des « entre deux », plus secret, qui change notre perception du site, et notre rapport avec les immeubles existants de la résidence, des espaces dilatés, desservant les logements, proposant des micro paysages et petits jardins à cultiver prolongeant la relation au végétal et au jardin de l’ensemble de la résidence.
De ce parcours, nait un sentiment de protection, nécessaire à l’intime. Une série de sensations ambiguës, questionnant l’évidence d’espaces binaires, chaud/froid, éclairage artificiel /éclairage naturel. En somme la dialectique du dehors et du dedans.
Le projet se perçoit alors dans son ensemble comme une somme d’attentions bienveillantes et de nouveaux usages et possibilités, se succédant depuis la rue, offrant une séquence originale valorisant l’habitat et participant à la richesse du nouveau paysage proposé.
LES CHAMBRES
Les études représentent pour beaucoup les premiers pas vers l’âge adulte, vers une indépendance. Aussi, ces logements seront certainement pour nombre d’étudiants leur premier appartement.
De ces premiers pas, il y a l’apprentissage d’une vie en société, en groupe, dont le projet tire parti pour proposer des circulations généreuses et des espaces mutualisés autour d’un jardin permettant d’éliminer l’effet d’anonymat.
Pour renforcer la communication entre les étudiants, l’intégralité des circulations horizontales en étages communiquent entre elles, facilitant les rapports de voisinages entre étudiants.
Le projet propose différentes typologies d’appartements, du studio pour une personne à l’appartement en colocation permettant une offre diversifiée. Grace à une structure simple et tramée, le projet facilite la modification et l’évolution des différentes typologies suivant les besoins : deux studios peuvent devenir un appartement pour deux personnes en colocation et inversement une colocation de deux personnes peut se transformer en 2 studios.
Les studios sont travaillés de manière à proposer un espace à vivre le plus grand possible. Chaque studio, chaque chambre, dispose d’une grande fenêtre décomposée en trois parties, une allège, une grande fenêtre pivotante et un ouvrant à la française étroit et vertical pour la salle de bain. Cette composition vitrée offre une ouverture, une générosité inhabituelle agrandissant visuellement l’espace.
ESPACES EXTERIEURS : rénovation du jardin principal au niveau rez-de-chaussée
La construction de la résidence étudiante est l’occasion d’une refonte totale des espaces extérieurs de la résidence et de ses usages.
Les objectifs du projet sont :
- Proposer un jardin accueillant, stimulant visuellement au cours des saisons (floraisons, odeurs, textures,) pour améliorer le cadre de vie quotidien des habitants.
- Implanter de nouveaux usages (jeux, zones de repos ou de rencontres,) pour augmenter la convivialité du site.
- Développer la possibilité de jardiner et de produire des légumes localement à travers la mise en place d’espaces dédiés et partagés.
Répondre aux objectifs de biodiversité.
- Adapter le choix des végétaux à la faible épaisseur de sol disponible.
- Diversifier la palette végétale en introduisant des essences rustiques et caractéristiques de la flore d’Ile-de-France
- Attirer une faune évoluée (oiseaux, lézards, chauvesouris …) en leur créant un environnement favorable par la présence d’insectes (chenilles, papillons, pucerons, moustiques…) qui sont leur source de nourriture à travers la mise en place de prairie en gestion différenciée.
- Domicilier des espèces cibles (mésanges, moineaux, merles…) en diversifiant les strates végétales du jardin ou en installant des nichoirs.
- Retravailler les limites du site pour augmenter sa porosité avec les parcelles adjacentes afin d’améliorer la continuité des déplacements de la faune.
- Proposer un éclairage nocturne réglementaire des allées tout en préservant les espaces plantés de la pollution lumineuse.
DESCRIPTION DU JARDIN : le nouvel espace vert protégé
Le jardin est composé de massifs de hauteurs et de textures variées dont les formes souples qui s’entremêlent, composent un jardin d’aspect naturel.
Les tracés fondamentaux du jardin ne sont pas remis en cause car les accès piétons sont maintenus depuis les trois rues adjacentes (Lacordaire, Cévennes et Lourmel). La largeur des allées est réduite de 8,20m à 3m et la zone minérale en cœur d’ilot est entièrement végétalisée pour développer une zone de convivialité engazonnée. L’épaisseur de sol moyenne de 40cm est maintenue grâce à la mise en place de muret de soutènement « épais » permettant aussi de s’assoir le long des allées. Un jeu de nivellement avec des rampes permet de rendre accessible aux personnes à mobilité réduite la zone centrale du projet. Un massif est créé au pied de l’immeuble Lourmel pour améliorer l’intimité des logements du rez-de-chaussée.
La composition des massifs privilégie désormais des masses arbustives (alisiers blancs, cornouillers, Acer campestre, Buxus Sempervirens, Berberis, Coryllus avellana, de rosiers des champs, …) au port libre accompagnées de plantes vivaces couvre-sol (fragons, pervenches, lierre…) en pied et complétée ponctuellement par des arbres en cépées (Crataegus monogyna, Sorus Aucuparia, Amélanchiers …). Les fosses en pleine terre existantes seront décompactées, amendées et replantées d’arbres de grands développement (Quercus robur, Carpinus betulus, …)
Des zones de prairie en gestion différenciée (nombre de fauches réduites pour laisser notamment la fructification des plantes) seront intégrées au dessin du jardin afin de devenir des zones de refuge pour la biodiversité.
La palette végétale puise les essences dans « le guide des plantes natives du bassin parisien » et la mise en œuvre des toitures se fera conformément aux indications du guide technique publié par la ville de Paris pour les toitures végétalisées.
Des massifs aux formes géométriques, situés à proximité des entrées des halls, évoquent les éléments de composition du dessin initial et proposent un fleurissement événementiel et annuel.
DESCRIPTION DES ESPACES EXTERIEURS DE LA RESIDENCE ETUDIANTE
Ces espaces sont conçus comme le prolongement des espaces communs intérieurs. Ils favorisent les différents usages, la convivialité et les échanges entre les habitants.
- Le rez-de-chaussée est en lien direct avec le jardin principal.
- Le mur pignon de l’immeuble mitoyen (sis 90rue de Lourmel) fera l’objet d’une végétalisation légère par la mise en place de câbles où pourront s’épanouir des plantes grimpantes avec des systèmes d’attaches par vrilles. Selon accord avec l’immeuble voisin à confirmer.
- Les escaliers extérieurs sont aussi largement ouverts sur leur environnement. Des bacs plantés d’arbustes à chaque palier des niveaux (R+1 à R+4) complètent le dispositif de végétalisation de l’enveloppe.
- Le niveau R+5, accueille un premier jardin d’environ 80m², configuré en « L ». Sur sa face sud, trois chambres bénéficient d’une vue et d’un accès direct au jardin à travers des terrasses privatives et sur sa face Ouest un cheminement et des bancs permettent de contempler le jardin.
« Nous avons doté chaque toiture d’une épaisseur constante de 40cm de terre végétale, qui permet d’envisager des plantations vivrières ou des plantations (d’arbustes ou de vivaces) à vocation plus naturaliste afin de conforter les ilots de biodiversité. Les cheminements sont constitués de caillebotis métalliques posés sur plot au-dessus du niveau fini afin de garantir la continuité des sols.
- Le niveau R+6, bénéficie d’un jardin de 60m² avec une terrasse collective qui permet de proposer un lieu de convivialité aux étudiants.
- Le niveau R+7, propose deux terrasses d’environ 13m² chacune sur la façade donnant sur la rue des Cévennes. Ces deux espaces distincts sont en lien avec les logements attenants.
- Le niveau R+8, constitue le dernier niveau de la résidence étudiante et se constitue d’un jardin d’environ 187 m². C’est un espace dédié à la production vivrière grâce à la mise en place de zone dédiée au jardinage le long d’un cheminement central.
- La mise en place d’espaces partagés dédiés au jardinage localisés au sein de la résidence constitue une révolution des usages. Les pelouses étaient jusqu’à présent des « espaces interdits au public » avec une très faible interaction des résidents, la reconfiguration des espaces permettra de mettre en place de nouvelles synergies au sein de la résidence et notamment en créant des complémentarités de production entre les espaces du RDC et des étages plus ensoleillé. Il est aussi prévu que des étudiants puissent accéder à des parcelles du niveau bas et des résidents aux terrasses hautes.
Afin d’accompagner ce changement, l’animation, les conseils de culture et la gestion du suivi des attributaires des parcelles sera géré par une association de promotion de l’agriculture urbaine et de promotion de l’agriculture urbaine et locale de type Topager, Toits vivants ou la SAUGE (Société d’Agriculture Urbaine Généreuse et Engagée. Cette présence associative permettra d’amorcer la dynamique locale et de faire profiter de leur retour d’expérience comme par exemple le jardin perché dans le quartier Saint-Blaise (20e).
En lien avec la présence des espaces partagés dédiés au jardinage, nous proposons aussi la mise en place d’une zone de compostage collectif, permettant de réutiliser in situ les déchets organiques des habitants et certains déchets végétaux. L’animation de ce dispositif se fera aussi à travers l’appui associatif.
La localisation de ces collecteurs sera coordonnée avec la présence de points d’apport volontaire de tri sélectif des déchets aujourd’hui situé à l’extérieur.
