Préambule
« …Une route sinueuse traverse des forêts denses de sapins et de bouleaux, débouchant sur un parc. L’espace s’ouvre et s’aère : de vastes pelouses parsemées de grands arbres – tilleuls, pins, frênes – descendent jusqu’à l’eau, révélant le lac. Une demeure apparaît à travers les cimes des arbres, dominant sur sa butte et affirmant sa centralité, tous les chemins convergent vers elle. De là, on descend vers le lac face au soleil, attiré par une statue jusqu’à la rive, où l’horizon s’ouvre sur le lac et le lointain. En longeant les rives, une île émerge, telle une masse boisée flottant sur l’eau. Les ruines d’un pont laissent entrevoir qu’autrefois, on pouvait s’y rendre… »
L'île
Devant la beauté et l'harmonie du manoir et de son parc face au lac, il nous semblait inconcevable d'implanter le nouveau musée, cinq fois plus grand que le manoir, dans cette partie du site. Nous avons donc choisi de l'installer sur l'île, redécouvrant cet espace (l'ancien pont étant détruit) et évoquant l'insularité et son imaginaire.
Un pont à l’est relie l’île et le musée à la zone de parking, facilitant l’arrivée des visiteurs et la logistique nécessaire. Une passerelle, dans l’axe de l’allée d’arbres du parc, connecte le musée au manoir. Tel une horizontale dans le paysage, elle offre une vue panoramique sur l’ensemble du site. Grâce à la déclivité du parc vers le lac, la passerelle permet une promenade en élévation, offrant divers points de vue, du feuillage à l’horizon.
Les pavillons
Pour répondre à l’ampleur du programme d’extension, nous avons opté pour une organisation en pavillons, comme le manoir et ses dépendances. Cela minimise l'impact visuel sur l’environnement et enrichit le parcours en interaction avec le paysage.
Le musée
Deux aspects nous semblent essentiels pour un musée : l'œuvre d'art et le visiteur. Le projet met en espace cette rencontre. Pour l'œuvre, nous avons travaillé sur la lumière et son support, essentiels à sa valorisation. Pour le visiteur, appréhender une œuvre d’art demande concentration et sérénité. Nous avons donc conçu le parcours du musée avec un rythme alternant espaces de concentration, focalisés sur les œuvres, et moments de détente, nécessaires à l’analyse et au repos. Les espaces de concentration sont intériorisés, tandis que les espaces de relâchement sont tournés vers l’extérieur, valorisant le paysage.
La grande galerie, un parallélépipède opaque légèrement biseauté, s’étire de part et d’autre de l’île. Ses extrémités s’ouvrent sur le paysage : au sud sur le lac, au nord vers le parc et le manoir, offrant des moments de contemplation face au panorama. Entre ces deux points, l’espace d’exposition se déploie en longueur, laissant place aux œuvres d’art.
La petite galerie, un volume opaque en bois avec une façade miroir reflétant le lac, accompagne le visiteur jusqu'à l’entrée du musée. De l’intérieur, ce miroir devient une glace sans tain, permettant de voir sans être vu, offrant un jeu ludique entre intérieur et extérieur. Les scénographies ne sont pas perturbées par cette ouverture, aucune lumière extérieure ne venant interférer avec l’éclairage intérieur.
La galerie de la collection permanente est plongée dans l’obscurité, seuls les œuvres sont mises en lumière : sols, murs, et plafonds sont noirs, laissant l’espace disparaître pour que seules les peintures existent. Au centre des salles, une image de paysage apparaît au sol, comme une énigme. Chaque salle est équipée d’une « camera obscura », capturant des fragments choisis de l’environnement extérieur – feuillages, ciel, lac, forêts – pour les retranscrire dans la pénombre des salles, offrant une relation intime et particulière avec le paysage.
Les plaisirs simples
La fondation Serlachius Gösta offre un site exceptionnel entre lac, rivière, parc et forêts, autant d’expériences à la mesure de sa collection et de son futur musée. Il nous semble important que ce projet, en plus d’être un lieu culturel, puisse articuler différentes activités connexes au musée : se promener à travers le parc du manoir et l’île, manger au restaurant, aller au sauna, dormir sur les berges, pique-niquer sur une pelouse ensoleillée, lire à l’ombre d’un arbre… Autant de plaisirs simples qui participent à l’identité de ce lieu, où culture de l’esprit et du corps ne font qu’un.
Sur l’île, une promenade est aménagée le long des berges : tel un pont, un platelage de bois sillonne au-dessus de la nature intacte. La passerelle entre le musée et le manoir s’inscrit dans cet esprit. Une promenade verticale, la tour, véritable signal pour le musée, offre un point de vue unique sur le site et sa région.
Fiche technique
Principe constructif
Pour minimiser l'impact environnemental, seules les fondations des pavillons sont en béton. La superstructure est en bois préfabriqué, monté sur place comme un mécano, optimisant la durée du chantier et permettant de réaliser le clos couvert durant l’été.
Principe muséal
Nous avons privilégié l’éclairage artificiel pour les espaces d’exposition, offrant une plus grande souplesse dans la scénographie tout en respectant parfaitement les œuvres exposées.
Principe environnemental
Face à la rigueur du climat finlandais, les bâtiments sont extrêmement bien isolés, évitant tout pont thermique. Les surfaces vitrées, limitées au strict minimum, sont correctement orientées pour bénéficier des apports solaires. Le projet, en grande partie en bois, utilise un matériau facilement recyclable. L’eau chaude sanitaire est partiellement chauffée par des chauffe-eaux solaires pour les sanitaires et vestiaires. Enfin, le système de ventilation récupère la chaleur extraite pendant l’hiver.
